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L’artiste qui se perd dans la nature

          D’abord promeneur, l’artiste qui devient randonneur accède à un rapport privilégié avec la nature. En effet, le paysage est une expérience polysensorielle. Notre perception de  l’environnement, la façon dont nous l’appréhendons et le ressentons change pour chaque individu. La marche, en plus d’être un loisir, un processus agréable, devient un outil de découverte. Ainsi, la randonnée est une méthode nécessaire à la création : l’artiste voyage, parcourt le monde et se nourrit de nouveaux paysages et de nouvelles expériences. Il s’immerge et s’imprègne, il s’inspire, il entraîne son regard et sa sensibilité.

Luc Lagasquie, Sans Titre, avril 2019, reproduit avec permission de l’artiste. Labastide-du-Vert, Sony A7RII, objectif 28-75 mm.
© Luc Lagasquie.

Luc Lagasquie, un artiste connecté

          Luc Lagasquie l’a bien compris, la randonnée est un excellent moyen de produire de bonnes photographies : les forces physiques s’usent tandis qu’elles refoulent les pensées inutiles, rendant ainsi l’esprit plus libre, disponible et créatif. Il s’agit ici de perdre ses repères, pour finir par associer son cheminement physique avec son cheminement mental.

          L’artiste partage ses promenades sur Internet, notamment sur les plateformes Instagram et Facebook. Avec l’apparition du Web, le rapport à l’art change complètement, puisqu’il est maintenant accessible à tout le monde. Beaucoup d’images et de vidéos circulent sur la toile et font l’objet d’une consommation rapide : les utilisateurs ne passent pas plus de quelques secondes sur une photographie qui peut avoir pris des heures d’attente et de travail à l’artiste. Il lui faut donc redoubler d’efforts pour produire des clichés qui attirent l’œil et qui méritent que le spectateur les retienne.

Luc Lagasquie, Sans Titre, décembre 2015, reproduit avec permission de l’artiste. Saint-Cirq-Lapopie, Fujifilm X-T1, objectif 35 mm.
© Luc Lagasquie.

          Une conséquence non négligeable découle du travail de Luc Lagasquie : en montrant aux habitants la beauté du territoire dans lequel ils habitent et évoluent, ils deviennent plus conscients de la cause environnementale.  Ainsi, bien que ce ne soit pas ce dont l’artiste parle directement sur les réseaux sociaux, ses photographies ont des répercussions positives et rappellent aux lotois de prendre soin de cette nature à la fois forte et fragile.

Quand on sensibilise les gens à leur territoire, on les sensibilise aussi à la protection de ce dernier.

Luc Lagasquie

        


Alice Freytet et la Roulotoise

          Chez Alice Freytet, la marche est une pratique naturelle, une échappatoire liée à un besoin de solitude et de contacts réguliers avec la nature. Dans le cadre d’un travail de fin d’étude pour devenir Architecte-Paysagiste, l’artiste a inventé la Roulotoise, une machine permettant de dessiner en marchant. L’idée est ingénieuse : la Roulotoise est une boîte en bois se fixant à la taille et au sac à dos de l’artiste, avec des goulots remplis d’encres et de crayons et un long rouleau d’imprimerie qu’elle enroule et déroule au fur et à mesure de la randonnée. Tout doit être soigneusement pensé et calculé : la machine ne doit pas ralentir la marche et les encres, les peintures utilisées doivent sécher vite. Ainsi, l’artiste peut totalement s’immerger dans l’environnement dans lequel elle évolue, parcourir cette expérience sensible et la transformer en art.
          C’est en dessinant le paysage qu’elle peut réellement comprendre et interpréter ce qu’elle voit et imaginer les possibilités d’aménagements. Le résultat est surprenant : Alice Freytet obtient un dessin long de plusieurs mètres figurant les différents paysages qu’elle a traversés au cours de sa randonnée. Grâce à sa formation elle dessine très rapidement, ce qui donne l’impression d’un dessin à peine croqué et en même temps étonnamment travaillé. Les alternances entre les esquisses très simples, les dessins plus détaillés et fournis, les grandes taches d’encres de couleurs, la ville et la campagne, et les différentes perspectives, cassent la monotonie du rouleau et amènent un équilibre.

Pour voir le rouleau, défilez l’image à l’aide des flèches ou de votre souris. Vous pouvez aussi cliquer sur « show menu » puis « start auto rotate » pour le faire défiler automatiquement.
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Alice Freytet, Rouleau de Bégoux, papier, crayon, acrylique, encre et fusain, 1,100×30 cm, 14 juin 2014, Cahors Juin Jardins. © Alice Freytet. Photo Nelly Blaya.

« Mon corps est le premier récepteur, la machine retranscrit »

Alice Freytet

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